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Beaux-arts | Le 21 août 2021, par Raphaël Deuff.
Lecture : sept minutes.


« L'Estampe et le dessin »

La gravure en taille-douce

Technique et origine

Inventée par les orfèvres vers le xve siècle, la gravure en taille-douce est une technique d’impression d’estampes exécutée sur des plaques métalliques, le plus souvent de cuivre. Les creux réalisés à la surface de la plaque, en retenant l’encre, forment les noirs du dessin.

(Image : La gravure en taille-douce)

Les estampes, œuvres graphiques imprimées sur une feuille de papier à partir d’une matrice gravée, sont regroupées en deux catégories selon la technique que l’artiste utilise pour les produire.

Dans les techniques de gravure dites en « taille d’épargne », les reliefs d’un matériau sculpté (souvent le bois) sont encrés comme on le ferait d’un tampon, puis appliqués à une feuille de papier. À l’inverse, dans les techniques dites en « taille-douce », l’impression de l’estampe est réalisée par une plaque de métal lissée puis gravée, et dont les creux, à la façon de canaux minuscules, reçoivent l’encre qui sera retenue par le papier.

À l’origine, le niellage

La gravure en taille-douce provient du travail du métal ; et en particulier de la ciselure d’orfèvrerie. Les orfèvres de Florence, au milieu du xve siècle, ornaient leurs œuvres de gravures au burin, qu’ils rendaient visibles en remplissant les incisions d’un émail noir fait d’argent, de plomb et de soufre. Un motif gravé puis rempli de cette manière s’appelait un nielle. Pendant le niellage, l’artisan jugeait de son travail en imprimant sur du papier humide une épreuve des lignes gravées et encrées. Cette technique donnera naissance aux premières impressions à partir d’une plaque métallique, dès le début du xvie siècle.

Les techniques de gravure en taille-douce

La taille-douce, de même que (dans une moindre mesure) la taille d’épargne, réclame un important travail de préparation de la matrice. La plaque métallique, généralement en cuivre ou en zinc, était traditionnellement aplanie puis polie avec soin, jusqu’à prendre l’apparence d’un miroir.

« Une planche de cuivre de la grandeur d’environ un pié sur neuf pouces, doit avoir à-peu-près une ligne d’épaisseur ; & cette proportion peut régler pour d’autres dimensions. La planche doit être bien forgée & bien applanie à froid : c’est par ce moyen que le cuivre devient plus serré & moins poreux.
Il s’agit, après ce premier soin, de la polir. On choisit celui des deux côtés de la planche qui paroit être plus uni & moins rempli de gersures & de pailles ; on attache la planche par le côté contraire sur un ais, de maniere qu’elle y soit retenue par quelques pointes ou clous ; alors on commence à frotter le côté apparent avec un morceau de grès, en arrosant la planche avec de l’eau commune : on la polit ainsi le plus également qu’il est possible, en passant le grès fortement dans tous les sens, & en continuant de mouiller le cuivre & le grès, jusqu’à ce que cette premiere opération ait fait disparoître les marques des coups de marteau qu’on a imprimés sur la planche en la forgeant. »

(« Gravure », Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751.)

La plaque est ensuite travaillée, par l’artiste ou son exécutant, pour y inscrire en creux les traits du dessin. Ce travail – qui constitue la gravure proprement dite – peut employer divers procédés, principalement distingués selon qu’ils utilisent une lame (le burin), une ou plusieurs pointes (pointes sèches ou manières noires) ou encore un mordant (ensemble des techniques à l’eau-forte).

Lors du tirage de l’estampe, les gravures en taille-douce réclament un contact très intime de la matrice encrée (la plaque de cuivre ou de zinc) avec la feuille qui doit être imprimée : aussi cette technique emploie une presse spéciale, différente des presses utilisées pour la taille d’épargne (ou presses typographiques), et sur laquelle un rouleau est chargé d’appliquer sur le papier, avec une très forte pression, l’encre conservée dans le creux de la plaque. Cette différence dans la méthode de tirage fait que les livres, imprimés en caractères mobiles, qui intégraient des illustrations en taille-douce nécessitaient plusieurs tirages séparés. Une solution était également d’insérer dans les cahiers du livre des feuilles tirées à part sur les presses de taille-douce : c’est notamment le cas dans de nombreuses éditions d’ouvrages encyclopédiques au xviiie siècle.


Raphaël Deuff


À découvrir…

La technique à l’eau-forte.

Les gravures « à la manière noire ».


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