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Nature et biologie | Le 25 janvier 2022, par Raphaël Deuff.
Lecture : dix minutes.


Joseph Pitton de Tournefort

Botaniste français du xviie siècle

Botaniste passionné, praticien en médecine, collectionneur et surtout grand voyageur, Joseph Pitton de Tournefort est connu pour avoir mis au point le premier système de classification des plantes selon leur genre, d’après la forme de la corolle des fleurs. Il laisse une œuvre accessible, didactique, imprégnée par ses pérégrinations, et à laquelle Linné ne manquera pas de rendre hommage.

(Image : Joseph Pitton de Tournefort )

Joseph Pitton de Tournefort est né à Aix-en-Provence en juin 1656. Il est le fils de Pierre Pitton, seigneur de Tournefort, et d’Aimare de Fagoue, fille de Luc de Fagoue.

Le jeune Tournefort reçut son éducation dans le collège jésuite d’Aix-en-Provence, puis fut placé dans un séminaire en Théologie, pour être destiné à une carrière ecclésiastique. Très tôt, il se découvre un intérêt très vif pour la botanique, et collecte toutes les plantes qu’il peut observer dans les environs de la ville de Provence. Il s’intéresse également aux autres sciences naturelles, chimie, physique, anatomie et médecine, et délaisse peu à peu la théologie ; selon Fontenelle, il découvre la philosophie en lisant en cachette, dans la bibliothèque paternelle, le Discours de la méthode de Descartes. La mort de son père, en 1677, laisse libre cours à sa passion pour les plantes, et le fait déjà voyager – en Savoie et dans le Dauphiné – et entreprendre la constitution d’un herbier.

En 1979, il part étudier la médecine à Montpellier, puis explore la région des Pyrénées et la Catalogne espagnole deux ans plus tard.

Le médecin du roi Guy-Crescent Fagon (1638–1718), qui s’intéresse à la connaissance des plantes, fait venir Tournefort à Paris où il lui obtient la place de professeur de botanique au Jardin des Plantes. Il voyage alors en Espagne, au Portugal, ainsi qu’en Hollande et en Angleterre. En 1691, l’abbé Bignon le fait entrer à l’Académie des sciences.

Tournefort fait paraître trois ans plus tard, en 1694, ses Éléments de botanique, où il présente de façon didactique, en français, un système de classement des espèces en genres, établis d’après la forme des fleurs et des fruits. Il y ébauche en outre la notion de famille, en distinguant une dizaine de formes florales caractéristiques.

« [La méthode] que Tournefort a adopté, après une longue et savante discussion, consiste à régler les genres des plantes par les fleurs et par les fruits pris ensemble, c’est-à-dire que toutes les plantes semblables par ces deux parties doivent être rangées dans le même genre ; après quoi les variétés qui s’observent dans la tige, dans la racine ou dans les feuilles désignent les différentes espèces. »

(Fontenelle, « Éloge de Tournefort », Histoire de l’Académie royale des sciences. Année 1708, Paris, Imprimerie royale, 1709.)

Tournefort est reçu Docteur de la Faculté de médecine en 1696, et publie deux ans plus tard une histoire de la flore locale, Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris, où point son intérêt pour les applications médicinales de la botanique. Il fait également publier, peu de temps avant son voyage en orient, une édition latine de ses Éléments de botanique (Institutiones rei Herbariæ), dont la troisième édition sera annotée par Antoine de Jussieu.

Esprit insatiablement curieux, Tournefort collectionne, en plus des plantes, les pierres rares (qu’il dote d’une sorte de vie végétative), ainsi que des objets que nous dirions ethnographiques – armes, habits, instruments des pays d’Europe –, jusqu’à se constituer un imposant cabinet de curiosités.

En mars 1700, Tournefort quitte l’Europe, et part explorer la Méditerranée orientale pour le compte de Louis XIV. En Crète et dans les îles de Grèce, en Turquie, puis jusqu’à la frontière perse, il observe les usages et le commerce que font les populations des plantes, la faune et la flore locales, et fait également des observations géographiques. Il a pour compagnons Andreas von Gundelsheimer (1668–1715) et le peintre et dessinateur Claude Aubriet (1665–1742). De retour en France en 1702, il publie un Corollarium à sa méthode botanique, et classe les quelque 1356 espèces découvertes au cours de son voyage.

Attaché à des charges chronophages – au Collège de France, au Jardin des Plantes, à l’Académie –, et occupé à mettre en ordre les notes prises de son itinéraire en orient, Tournefort meurt accidentellement en décembre 1708. Le deuxième volume de sa Relation d’un voyage du Levant, issue de la relation épistolaire adressée au comte de Pontchartrain, fut publié à titre posthume sur son manuscrit. Narration vivante, aux observations aussi fines qu’érudites, la Relation identifie notamment les espèces végétales évoquées dans les traités grecs antiques – ceux de Dioscoride (ier siècle de notre ère) et de Galien (iie siècle) tout particulièrement. Véritable classique européen, l’ouvrage fut traduit en anglais (1741) et en allemand (1776) au cours du xviiie siècle.

Tournefort accrut aussi son « jardin sec » au cours de ce voyage, rapportant en Europe près de 800 spécimens de plantes méditerranéennes et du Proche-Orient, recueillies au sein du vaste herbier confectionné tout au long de sa vie, et qui est aujourd’hui conservé au Muséum national d’Histoire naturelle.

Une contribution majeure à la science des végétaux

Le succès du premier ouvrage publié par Tournefort, les Éléments de botanique (qui firent une grande part de sa réputation de botaniste en Europe), outre que l’ouvrage soit écrit en français, tient d’abord à son caractère synthétique, et pour ainsi dire proche du manuel : à côté des riches illustrations de Claude Aubriet, qui occupent les deuxième et troisième volumes, le livre de Tournefort offre au lecteur un moyen commode et didactique pour reconnaître les plantes, et les regrouper selon un premier classement systématique qui permet de les nommer et de les apprendre.

« Pour avoir une idée claire du mot de genre au sens qu’on doit le prendre dans la Botanique, il faut remarquer qu’il est absolument nécessaire dans cette science de ramasser comme par bouquets, les plantes qui se ressemblent, et les séparer d’avec celles qui ne se ressemblent pas. Cette ressemblance doit être tirée uniquement de leurs rapports prochains, c’est-à-dire, de la structure de quelques-unes de leurs parties ; et l’on ne doit point faire d’attention aux rapports éloignés qui se trouvent entre certaines plantes, comme sont les rapports des vertus qu’elles ont, ou des lieux où elles naissent. »

(Élémens de botanique, ou Méthode pour connoître les plantes, t. I, Paris, Imprimerie royale, 1694, p. 13)

Tournefort est ainsi l’auteur d’une véritable « mnémonique » des plantes, qui repose sur les apparences des fleurs, et en particulier sur la forme de leur corolle.

En considérant les organes reproductifs de la plante, et en particulier sa fleur, pour caractériser les genres, Tournefort rejoint des botanistes comme le Napolitain Fabio Colonna (1547–1640), qui introduit le terme de « pétale » (petalum, emprunt au grec πέταλον, « feuille de plante ou de fleur »), ou le Suisse Conrad Gessner (1516–1585), qui s’intéressait aux mêmes organes pour la classification des plantes.

Les Éléments de botanique inventorient une dizaine, puis une vingtaine de classes d’après les caractères des fleurs. C’est de ce système que proviennent les noms, aujourd’hui encore en usage, de nombreuses familles de végétaux : Rosacées (« qui ressemble à la rose »), Ombélifères (en forme d’ombrelles), Labiées (en forme de lèvres, labia), Crucifères (fleur en forme de croix), Légumineuses…

Les genres établis par Tournefort ne sont pas la première tentative en ce sens : les frères Jean (1541–ca. 1612) et Gaspard Bauhin (1560–1624) marquent une première étape dans la botanique descriptive, en distinguant pour la première fois les plantes en genre et espèce, sans toutefois véritablement nommer les premiers. Par ailleurs, Tournefort s’appuie exclusivement sur la forme des pétales, et établit des critères un peu rigides en limitant son système à une dizaine de formes de corolle caractéristiques. Il ne semble pas non plus admettre les découvertes de Rudolph Jacob Camerarius (1665–1721) sur la sexualité des végétaux.

En dépit de leurs limites, ses travaux apportent une brillante contribution à la botanique descriptive et ouvrent la voie à Linné, qui rendra hommage à leur auteur.


Raphaël Deuff


Bibliographie

Fontenelle, « Éloge de Tournefort », Histoire de l’Académie royale des sciences. Année 1708, Paris, Imprimerie royale, 1709.

Panckoucke, Dictionnaire des sciences médicales. Biographie médicale, t. 7, Paris, Panckoucke, 1825.

Alfred Maury, Les académies d’autrefois. L’ancienne académie des sciences, Paris, Didier, 1864 (voir notam. p. 48, 108, 109, 111 et 274).

Roger Heim et al., Tournefort, Paris, Muséum national d’Histoire naturelle, 1957.

Georges J. Aillaud, Jean-Patrick Ferrari et Guy Hazzan, Les Botanistes à Marseille et en Provence du xvie siècle au xixe siècle, catalogue d’exposition, Marseille, Ville de Marseille, 1982.


Œuvres de Tournefort.

Schola botanica, sive Catalogus plantarum, Amsterdam, Wetstenium, 1689.

Éléments de botanique ou méthode pour connaître les plantes, Paris, Imprimerie royale, 1694.

Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris avec leur usage dans la médecine, Paris, Imprimerie royale, 1698, 1 vol. ; deuxième édition augmentée par Bernard de Jussieu, Paris, Imprimerie royale, 1725, 2 vol.

Institutiones rei herbariae, editio altera, Paris, Imprimerie royale, 1700.

Corollarium institutionum rei herbariae in quo plantae 1356 munificentia Ludovici Magni in orientalibus regionibus observatae recensentur et ad genera sua revocantur, Paris, Imprimerie royale, 1703.

Relation d’un voyage du Levant fait par ordre du roy, Paris, Imprimerie royale, 1717, 2 vol.


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