SAMBUC ÉDITEUR

littérature & sciences humaines

Dernières parutions Catalogue Les éditions
Articles Les collections Contact Librairies


Sciences humaines | Le 13 mars 2021, par Sambuc éditeur.
Lecture : quatre minutes.


« Des auteurs et des œuvres »

Robert Hertz

Anthropologue précurseur du structuralisme

Robert Hertz (1881–1915, mort au combat) est un anthropologue français, élève des sociologues français Émile Durkheim et Marcel Mauss. Il a collaboré à la revue L’Année sociologique, fondée par Durkheim, et s’est spécialisé dans la sociologie des religions et du folklore.

(Image : Robert Hertz)

Hertz s’est fait connaître par ses études sur la représentation collective de la mort, la prédominance de la main droite et sa thèse de doctorat inachevée sur le péché et l’expiation. Son dernier travail fut une étude sur le culte alpin de San Besso.

Plusieurs chercheurs, comme l’épistémologue et historien des idées François Dosse, considèrent Hertz comme le véritable père du structuralisme de Claude Lévi-Strauss. Sa pensée a influencé les membres du Collège de sociologie – Georges Bataille, Michel Leiris et Roger Caillois –, notamment dans leur hypothèse d’un sacré bipolarisé, entre droite et gauche.

La représentation de la mort

Le thème privilégié de ses recherches était celui de la représentation collective de la mort, comprise comme un événement mettant en danger la cohésion d’un groupe social. Selon la thèse de Hertz, le groupe, à l’occasion de la mort d’un de ses membres, défend son identité collective en élaborant des rites spécifiques de recomposition et d’élaboration du deuil, les rituels funéraires ; l’objet de ces rituels étant précisément de faire entrer l’événement de la mort dans un horizon socialement concevable, en contrôlant le « détachement » du défunt vis-à-vis du groupe. À cet égard, Hertz étudie, dans sa Contribution à une étude sur la représentation collective de la mort (publié comme article dans L’Année sociologique, 1907), le rituel du « double enterrement », notamment mis en pratique par certaines populations de Bornéo en Asie du sud-est : à l’occasion du décès d’un membre, et à l’issue d’un premier rituel funéraire, un second rite, davantage formalisé et très solennel, rend définitif le passage du défunt dans l’autre monde.

Le rite funéraire est vu par Hertz comme un véritable rite de passage, d’une condition sociale à une autre, au même titre que le baptême ou le mariage. Il suggère ainsi une perspective d’approche des rites de passage qui sera explorée plus largement, deux ans plus tard, par Arnold van Gennep (1873–1957) au fil de son étude monumentale sur la notion de folklore. La pratique d’un double enterrement dans le rite funéraire évite d’envisager que le défunt ait définitivement quitté le groupe social ; elle formalise au contraire, dans le domaine du visible, son passage de la communauté des vivants à celle des morts, partie intégrante du corps social. Par cette représentation ritualisée et théâtrale de la mort qu’est le rite funéraire, la société d’un village, d’un peuple (qui tend à s’envisager comme éternelle), se défend contre « l’attaque » que la mort d’un de ses membres représente vis-à-vis de sa propre cohésion.

Le statut de la main gauche

En 1909, Hertz publie une seconde étude importante intitulée La prééminence de la main droite. Étude sur la polarité religieuse. Il y émet l’hypothèse que l’être humain a tendance à penser et à diviser l’espace physique selon un principe d’opposition bipolaire, la droite et la gauche, qui correspondrait à une opposition ancestrale, cette fois au niveau conceptuel, entre le sacré et le profane. Cela se traduit d’une part par la prééminence de la main droite sur la main gauche (envisagée non comme le résultat d’une asymétrie organique naturelle, celle du corps humain, mais plutôt en tant qu’institution sociale), et d’autre part dans les représentations collectives liées au côté droit, idéalisé et identifié à tout ce qui est positif et sûr, par rapport à la gauche, lieu de danger et d’angoisse, et pesant à la façon d’un tabou.

Hertz situe ce constat comme une origine possible au phénomène linguistique de la racine commune, au sein des langues indoeuropéennes, aux lexèmes indiquant le côté droit, contrairement aux termes voués à désigner la gauche. Le sociologue identifie ainsi, en pratique, un système de classification conceptuelle opéré par la pensée humaine selon le principe d’opposition : de la symétrie originelle entre sacré et profane descendrait une longue série d’autres oppositions au sein du langage – entre droite et gauche, lumière et obscurité, hommes et femmes.


Sambuc éditeur


L’actualité : derniers articles

Phénomène biologique et culturel, la latéralisation désigne la préférence asymétrique accordée aux organes doubles (mains, pieds, yeux…).

Sciences humaines | Le 27 mars 2021, par Sambuc éditeur.


Langues diverses et à l’histoire complexe, les langues créoles convoquent une poétique particulière mêlant géographie, nature et culture, et interrogeant la notion d’exotisme.

Littérature | Le 26 mars 2021, par Raphaël Deuff.


Rechercher un article...



Inscrivez-vous à la newsletter Sambuc !


Ce site utilise des cookies nécessaires à son bon fonctionnement et des cookies de mesure d’audience. Pour plus d’informations, cliquez ici.

En poursuivant votre navigation, vous consentez à l’utilisation de cookies.

Fermer