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Beaux-arts | Le 06 octobre 2021, par Raphaël Deuff.
Lecture : huit minutes.


« L’estampe et la gravure »

Jacques Callot

Artiste français, xviie siècle

Graveur baroque à la plume aussi fantaisiste que grave, s’illustrant dans la technique de l’eau-forte qu’il renouvelle en profondeur, Jacques Callot (1592–1635) est connu pour ses sujets religieux, ses portraits et figures, et surtout ses vastes scènes où fourmillent, au sein de paysages et de vues architecturales, les figures d’une tragicomédie populaire. Actif en Italie d’abord, puis dans sa ville natale de Nancy, il sera à l’origine du style particulier de l’École lorraine.

(Image : Jacques Callot)

Jacques Callot naît à Nancy, capitale du duché de Lorraine, en 1592. La date exacte de sa naissance est inconnue. Son père, Jean Callot, est maître d’armes du duc de Lorraine Charles III; la famille de sa mère compte plusieurs peintres. Sa petite enfance se déroule dans un milieu aristocratique et d’artistes, ouvert sur le monde des cours européennes.

Le 13 janvier 1607, âgé de 15 ans, il entre en apprentissage chez l’orfèvre Demange Crocq, auprès de qui il apprend le burin. Dans les mêmes années, d’après Joachim von Sandrart, il reçoit l’enseignement du peintre et graveur Jacques Bellange (ca. 1575-1616), et s’initie peut-être à l’eau-forte auprès de Friedrich Brentel (1580-1651).

Très tôt, il se rend en Italie (où, d’après l’historiographe André Félibien, il aurait fugué à plusieurs reprises autour de sa quatorzième année), et gagne Rome où il rejoint l’atelier de l’artiste et marchand français Philippe Thomassin (1562-1622). Son séjour à Rome est mal documenté. Le cosmopolitisme de la Cité éternelle lui fait découvrir de nombreux styles et un riche répertoire iconographique. Il découvre notamment l’œuvre de Francesco Villamena, qui le marque par ses peintures de scènes populaires. Il rejoint l’atelier d’Antonio Tempesta, auprès de qui il apprend la gravure à l’eau-forte, et avec qui il se rend à Florence dès 1911.

C’est dans l’atelier qu’installe à Florence Antonio Tempesta que Callot participe, par quelques estampes, à la Pompe funèbre de Marguerite d’Autriche, publiée en 1612.

Il entre en 1614 dans l’atelier de Giulio Parigi (1571–1635), attaché aux Médicis, et travaillera au service de Cosme II de Médicis jusqu’à la mort du grand-duc de Toscane. Il réalise alors ses scènes de mendiants, d’infirmes, de courtisans, ou de figures tirées de la commedia dell’arte, dont une première livraison de la célèbre série des Capricci di varie figure (« Caprices », 1617), ou la magistrale Foire de l’Impruneta qu’il achève en 1622 après de nombreuses études minutieuses. C’est auprès de Parigi, selon Philippe Baldinucci, que Callot prit le goût des vastes scènes et des larges paysages, emplis de figures minuscules.

« Il avoit encore une adresse singulière à ramasser en peu de place une infinité de choses, &, si cela se peut dire, le don de créer de l’espace; car en un pouce d’étendue, il faisoit voir distinctement cinq ou six lieues de Pays, & une multitude inconcevable de personnages. Gaston de France, Duc d’Orléans, Oncle du Roy, aimoit fort Callot, & prenoit un grand plaisir à le faire travailler en sa présence. »

(Augustin Calmet, Bibliothèque lorraine, ou Histoire des hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine, dans les Trois Évêchés, dans l’archevêché de Trèves, dans le duché de Luxembourg, etc., Nancy, 1751.)

L’apprentissage de Parigi tempère également la fantaisie « grotesque » de Callot, en l’incitant à peindre d’après nature, notamment la foule et les défilés des fêtes florentines, qu’il immortalise dans ses Guerre d’amour et Guerre de beauté (1616).

C’est également de cette période de collaboration avec l’aquafortiste que date son utilisation, dans la technique de l’eau-forte, du vernis dur des ébénistes, associé à la pointe-échoppe : par ces nouveaux outils et procédés, l’eau-forte gagne en finesse, offre une véritable alternative au burin et devient un procédé privilégié pour donner aux estampes la liberté du dessin.

Après la mort de Cosme II le 28 février 1621, Callot retourne dans sa ville natale. En 1623, le duc Henri II (1563–1624) gratifie l’artiste de sa protection à sa cour du duché de Lorraine ; la même année Callot épouse Catherine Kuttinger, fille d’un riche magistrat de la petite ville de Marsal.

En 1625, l’infante Isabel Clara Eugenia appelle Jacques Callot aux Pays-Bas, pour la commande du Siège de Breda.

Suite à la réalisation de cette œuvre, Louis XIII commande à l’artiste, qui se rend à Paris pour plusieurs séjours entre 1628 et 1629, le Siège de La Rochelle et le Siège de l’île de Ré.

Artiste méditatif et attaché la spiritualité, Callot exprime son adhésion à la foi catholique à travers les pièces de la Vie de la Vierge, des Petits Apôtres et des Grands Apôtres.

Les Grandes Misères de la guerre, publiées à Paris par l’ami du graveur Israël Henriet, illustrent la conscience qu’avait Callot de la détresse et de l’horreur de la guerre, et qui jure avec la glorification de la guerre, du courage et de la mort héroïque courante à l’époque. Comme Goya deux siècles plus tard, il dépeint le caractère social des conflits et des massacres, à travers l’image de la foule, grande unité d’êtres qui n’ont pas d’histoire mais en portent tout le poids.

Une des dernières œuvres de Jacques Callot est la seconde Tentation de saint Antoine, tableau mordant où le souvenir des conflits lorrains croise la veine fantastique et burlesque qui traverse une œuvre monumentale de l’estampe et du dessin.


Raphaël Deuff


Bibliographie

Paulette Choné, Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine (1525-1633), Paris, Klincksieck, 1991.

Claude Gellée et les peintres lorrains en Italie au xviie siècle, catalogue d'exposition par Jacques Thaillier (Académie de France à Rome, musée des Beaux-Arts de Nancy), Rome, De Luca, 1982.

André Félibien, Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellens peintres anciens et modernes, Trévoux, 1725, réed. Geneve, Minkoff, 1972.

Jacques Callot (1592–1635), catalogue d'exposition, Musée historique lorrain (Nancy), préface de Marc Fumaroli, Paris, Réunion des musées nationaux, 1992.

Jules Lieure, Jacques Callot : la vie artistique et Catalogue raisonné, 3 vol. Paris, 1924-1929 ; réimpr. de la Vie et du Catalogue de l'œuvre gravé en 8 vol., New York, Collectors Ed., 1969 ; Catalogue raisonné de l'œuvre gravé, 4 t., 2 vol., San Francisco, Alan Wofsy Fine Arts, 1989.


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